19/04/2008

Souvenirs de 1960

1960 évènements graves au Congo ( belge )

Les paras-commandots arrivent à Usumbura, ils sont casernés près de l'athénée, en face de chez nous.

Des avions font régulièrement la navette entre Leopoldville et Usumbura ramenant du Congo son lot de réfugier, 
femmes et enfants en larme, la plupart en pyjama, la peur se lisant sur leurs visages marqués par ce qu'ils avaient vu et vécu là-bas !!!

La situation est incertaine nos parents décident de nous envoyer en Belgique

Départ prévu le 15/07/1960 à 15h !!!

Avant de partir papa et maman nous enmènent au restaurant, le Swiss-gril ( place Jonkers ) Installés sur la terrasse nous remarquont un avion s'envolant au-dessus du lac tanganiyka.

J'entends encore mon père nous dire en riant : " c'est votre avion qui part sans vous mes fifilles !!! "

Il ne croyait pas si bien dire, tous les avions avaient été appelés en urgence pour aller chercher des réfugiers à Leopolville.

Notre voyage fût retardé de quelques heures !!

De tous les passagers de l'avion nous n'étions que 3 ma soeur, une amie et moi d'Usumbura et aussi les seules à posséder des bagages, le restant des sièges étaient occupés par des réfugiers de toutes nationalités que l'on rapatriait en Belgique.

Je n'ai jamais oublié la détresse de ces femmes très inquiètes pour leurs maris restés à Leopoldville !!!

Survolant l'aeroport de Zaventem, en regardant par le hublot, je remarque avec surprise des miliers de voiture au sol. Je le signale à ma soeur en riant  : " tu as vu tout ce monde, sont-ils venus pour nous ??? "

Le pire était à venir !!!!

Le temps de récupérer nos valises on nous dirige vers une salle toute vitrée, derrière ces vitres une foule compact !!!

On se sentait épié,
examiné comme des animaux en cage. J
e pense que ma phobie des grandes foules doit dater de ce jour là !!!!

Regards curieux, brouhaha, nous n'étions pas à notre aise, on commençait même à avoir peur !!! Les gens se bousculaient, ceux de derrière se battaient pour pouvoir nous apercevoir.

On ne demandait qu'une chose voir apparaître notre grand-mère, quitter ce lieu au plus vite ...!!!

Des paras nous soutenait moralement, ils nous demandait si quelqu'un venait nous chercher. Après lui avoir donné le nom de notre grand-mère un appel a été lancé au micro :

" Michèle et Danielle attendent leur grand-mère "

Cette dernière entendait bien les appels mais n'arrivait pas à traverser la foule pour venir nous rejoindre.

Elle avait beau crier : 
" laissez moi passer ce sont mes petites-filles !! " 

Rien n'y faisait, personne ne la laissait passer !!!

Elle a fini par y arriver en s'énervant quelque peu. On l'a vu apparaître dans un état pas possible, elle si élégante d'habitude, était débraillée et dans tous ses états !!!

Nous avons signalé au para qu'elle était notre grand-mère, ils sont allés l'aider et elle a enfin pû nous rejoindre !!!!

Les évènements du Congo avaient amené son lot de curieux à Zaventem. Certains espéraient retrouver un des leurs, mais pour la majorité ce n'était que curiosité malsaine, l'espoir de voir des femmes et des enfants violés, blessés..... triste mentalité ..!!!!

Nous n'étions pas au bout de nos peines, il nous fallait sortir de là, les portes étaient obstruées par les curieux !!!

2 paras se sont mis devant nous avec nos valises en nous demandant de rester derrière eux, de nous accrocher à leurs ceintures tout en nous tenant par la main. Ce fût un parcours du combattant, on a failli mourir étouffé, les gens nous touchaient, nous demandaient si on nous avait fait du mal, ma grand-mère leur demandait de nous laisser tranquille, impossible de sortir, la foule bloquait le passage, les paras pourtant costauds étaient bouscullés, n'arrivaient plus à avancer j'ai même cru qu'ils allaient tomber.

Voyant cela une dizaine d'hommes se sont placés devant eux en se tenant par le bras et se sont mis à pousser pour ouvrir un passage dans la foule, gare à celui qui tombait, il se serait fait écrasé !!!

Petit à petit nous avons atteint la sortie et là un monsieur ( un bénévole ) nous a ramener à la maison. 

Meci monsieur l'inconnu !!!

Ma grand-mère voulait le payer, il a refusé, n'a même pas voulu donner son nom. Mais Mémé avait noté son nr d'imatriculation, elle a pû ainsi lui écrire pour le remercier.

Je n'ai jamais oublié ce retour en Belgique, il restera à jamais gravé dans ma mémoire !!!

22:56 Écrit par Michèle dans Souvenir du Burundi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usumbura |  Facebook | |

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